ibuyfrom.eu - Répondre au chantage américain par les choix individuels


2026-01-19 - 🕐 5mn

Introduction

J'écris ces lignes à l'heure d'une nouvelle crise diplomatique (la combientième ?) entre l'Union Européenne et les États-Unis, mais des idées à regrouper dans cet article trainent dans mes notes depuis un moment déjà. La cristallisation de la confrontation idéologique entre les deux blocs politiques à propos du Groenland notamment amène à nouveau ce sujet sur le devant de la scène médiatique et a lieu alors que je viens de finir ce petit projet sur mon temps libre (ibuyfrom.eu) donc j'en profite pour partager mon opinion.

Nous sommes une colonie numérique

Les entreprises numériques américaines ont bénéficié d'un certain nombre de facteurs favorables (puissance financière, taille des marchés immédiatement accessibles, un consensus vieux de 80 ans sur la manière de vivre ensemble) qui leur ont permis de se développer et s'installer durablement et profondément dans nos usages quotidiens. Les GAFAM (et autres entreprises qui n'ont pas eu l'honneur de figurer dans l'acronyme) sont omniprésents dans la vie personnelle et professionnelle de la très grande majorité des citoyens européens. Pour en constater l'ampleur, je ne vais pas me répéter et renvoyer à mon article précédent US'exit - Quitter les GAFAM et autres services numériques américains.

Il en a résulté une dépendance extrême aux services américains de nos vies et notre économie qui sont maintenant totalement vulnérables à une interruption de service. Nous avons ainsi en partie perdu notre liberté de parole diplomatique et notre liberté d'action politique, car nous sommes à la merci de notre mauvais allié. Nous sommes une colonie.

Quelle est votre analyse de risques ?

Toute entreprise un tant soit peu sérieuse fait d'elle-même l'analyse des risques auxquels elle est exposée. Bien sûr, le scénario d'une cessation de service (je fais l'impasse sur les problèmes de confidentialité, de propriété intellectuelle ou de protection de la vie privée) parait toujours très peu probable et n'est absolument pas dans l' intérêt des entreprises en question ni des États-Unis. Mais ce qui était absurde hier devient seulement improbable aujourd'hui, ou pour le dire autrement : "Jusqu'ici tout va bien allait un peu mieux qu'aujourd'hui". Qu'en sera-t-il demain ?

Pour ajouter d'autres considérations à l'analyse de risques, d'autres puissances s'intéressent depuis des années déjà au réseau de câbles de communication sous-marins. Un certain nombre ont déjà été endommagés "par inadvertance" (ou bien pour tester leur résistance ?). Bref, ils sont connus, cartographiés, vulnérables et il doit être relativement simple de tous les couper en quelques minutes avec suffisamment de coordination.

En considérant les aléas induits par des scénarios catastrophiques et en estimant la probabilité que ces risques surviennent, je vous demande donc, à vous qui lisez ces lignes : pensez-vous que le risque vaille le coût de faire l'effort de s'émanciper des technologies américaines pour vos outils personnels et professionnels ? C'est certainement mon avis.

Le volume de nos importations numériques est un problème et un atout

Au-delà des scénarios de polars géopolitiques, la simple brouille diplomatique en cours peut valoir la peine de se pencher sur le sujet. En effet, face au chantage et aux menaces très littérales de l'administration américaine, plusieurs réponses sont possibles. Les institutions politiques ont certaines cartes en main, mais elles seront toujours perçues comme devant recevoir une nouvelle réponse de l'autre parti. D'où l'escalade. En revanche, même l'hypocrisie américaine aura plus de mal à utiliser politiquement les choix des consommateurs européens.

Une étude commanditée par le Cigref a été publiée en avril 2025 : La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe. Celle-ci estime à 264 Milliards d'euros la valeur ajoutée réalisée aux États-Unis du seul fait de notre importation de services de "cloud". L'étude est forcément imparfaite et incomplète du fait de certaines difficultés pour mesurer les flux réels, mais l'estimation du volume total doit être relativement proche de la réalité.

Nous avons donc un pouvoir de coercition sur les entreprises américaines concernées et celles-ci ont à leur tour un certain pouvoir sur l'administration américaine, car elles et leurs investisseurs abondent aux fonds électoraux et à la corruption institutionnelle en place. Nous avons donc chacun une voix aux élections américaines en votant avec notre porte-monnaie et nos données.

Pour être clair : oui, c'est aussi un appel au boycott. C'est après tout un outil politique très puissant qui réside principalement dans les mains des citoyens (ainsi que dans celles des décideurs économiques publiques et privés).

Le mouvement "Buy European" est déjà fort

Beaucoup ont déjà commencé, voire bien avancé (plus rarement terminé), leur migration des produits et services américains vers des alternatives européennes ou open-source ou en tout cas non-américaines. De nombreuses ressources existent en ligne et sont très utilisées : il y a à cette heure environ 491 000 utilisateurs hebdomadaires du subreddit /r/BuyFromEU par exemple (correction : le chiffre est monté à 548 000 en l'espace d'un jour ; Trump mérite au moins le titre de personne la plus influente du monde). Par ailleurs, nombreux sont ceux qui appliquent ce principe où ils le peuvent sans participer consciemment à ce mouvement. La tendance ne se limite sans doute pas seulement aux personnes vocales à ce sujet mais doit être beaucoup plus large.

De plus, cette transition est quasiment à sens unique, car tous ceux qui font cet effort ont peu de chance de revenir en arrière pour de multiples raisons. Pour ma part, j'ai annulé pour plus de 450€ annuels d'abonnements divers à des services américains (MS office, streaming, SaaS, ...), sans compter les achats que j'ai évités ou redirigés, ni les données qui ne partent plus aux États-Unis ou sur des serveurs d'entreprises américaines où qu'ils soient (c'est juridiquement la même chose selon la législation américaine).

En Allemagne, le mouvement prend de l'ampleur sous le nom "Digital Independence Day".

Mon petit projet ibuyfrom.eu

Dans ce contexte général, j'ai terminé ce mini-projet plutôt insignifiant mais qui s'inscrit dans ce thème : ibuyfrom.eu

C'est un outil qui se veut simple d'utilisation et qui permet d'ajouter un texte circulaire à une image (typiquement une photo de profil ou un avatar). Il est pré-réglé avec un message pro-européen, car son but est de faciliter la promotion du mouvement "Buy European".

À utiliser à votre convenance en toute liberté.

P.S. Rappel de ressources de recherche d'alternatives aux produits et services américains

Si vous cherchez des alternatives à un service ou logiciel particulier, une recherche sur votre moteur de recherche habituel vous retournera beaucoup de résultats. Mais voici tout de même quelques sources regroupant des alternatives par thèmes :

P.P.S. Sujet connexe : la dépendance énergétique

Il en va de même de notre dépendance énergétique (nous importons du gaz liquéfié américain en remplacement du gaz russe). Les mêmes constatations et la même analyse doivent nous encourager à accélérer notre transition énergétique pour notre indépendance. Cela ne fait qu'une bonne raison de plus de s'y mettre.

Fin